Toussaint NTAMBWE• 7 octobre 2026• Éthique et vie chrétienneFaisons une première lecture dans l’Évangile de Luc.
Lc 9.23 : « Puis il dit à tous : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. »
Ce texte décrit les « clauses » de la vie de disciple de Jésus-Christ. Le Seigneur lui-même pose ce qu’il convient de faire avant d’envisager à Le suivre. En substance, Le Seigneur dit que si quelqu’un envisage de Le suivre, il doit se renier lui-même, mettre de côté sa personne et sa volonté. En d’autres termes, il doit laisser Le Seigneur diriger sa vie, Lui laisser le contrôle de sa vie. Autrement, il ne peut Le suivre. Il ne s’agit donc pas de « suivre le Seigneur » avec nos perceptions des choses ou de Lui dicter nos préférences. Ça ne serait pas “suivre Le Seigneur” au sens biblique du terme. Etant donné que deux hommes ne peuvent marcher ensemble sans au préalable s’être mis d'accord (Am 3.3), nous pouvons, de manière individuelle et avec sincérité, nous questionner sur notre position par rapport à ces exigences posées par Le Seigneur Lui-même. D’ailleurs, n’est-il pas convenable pour un homme de s'asseoir et de calculer les frais avant de s’engager dans la construction d’une tour ou pour un roi d’évaluer sa capacité d’armement avant d’entamer une guerre ? (Lc 14.28-33). Ainsi, une telle interrogation suivie d’une remise en question honnête nous éviterait des frustrations ou des murmures. On pourrait en connaissance de cause se lier ou non à un tel engagement. Voyez-vous, la vie chrétienne véritable n’est peut-être pas ce que l’on imagine ou ce que l’on peut entendre de la bouche de plusieurs « pasteurs » ou « chrétiens » de manière générale. Vous conviendrez avec moi que ce sont des conditions souvent mises de côté par plusieurs qui prétendent suivre Le Maître (vous et moi inclus peut-être) et qu’on assiste de plus en plus à des attitudes ou des prières qui semblent inverser les choses. En fait, ce sont les supposés disciples qui imposent au Maître ce qu’il faut faire. Ils ont un calendrier à suivre, un agenda déjà bien tracé et font appel au Maître pour y parvenir. Ces déviations montrent bien que l’on ne prend pas assez de temps pour connaître les exigences de l’Evangile.
L’une des choses que nous avons du mal à accepter c’est le rythme que Dieu impose souvent à notre vie qui, dans ses desseins, contribue à notre formation. Ce rythme ne nous convient souvent pas parce qu’il semble très lent ou trop long, nous poussant des fois à reprendre les droits que nous Lui avons laissés au départ et à vouloir conduire nous-mêmes nos propres vies. Nous aurions aimé avoir un Dieu à notre image, selon nos préférences afin qu’il accomplisse pour nous nos désirs au temps qui nous convient et à notre rythme. Ce n’est pas à une telle relation qu’il nous faudrait nous attendre avec Le Seigneur. Une chose est sûre, si nous abandonnons notre vie pour que Le Seigneur la dirige, tout ce qu’il permettra dans notre vie sera pour notre bien, lequel consiste à Lui ressembler.
Nous avons ici une histoire que nous connaissons certainement bien qui illustre parfaitement un peuple qui ne supporte plus le rythme de son Dieu et veut un autre dieu. C’est la scène du veau d’or fabriqué par Aaron sous la demande du peuple alors que Moïse était sur la montagne de Sinaï. Après la délivrance de l’Egypte par la main puissante de Dieu, le peuple d’Israël entame une marche dans le désert vers la terre promise. Pendant les trois premiers mois, le peuple était dans le mouvement permanent. Ils suivaient la colonne de nuée le jour et la colonne de feu la nuit. Quand la nuée bougeait, ils bougeaient, quand elle s’arrêtait, ils campaient. Mais tous ces arrêts étaient brefs avant d’arriver au Sinaï où tout s’arrête brutalement. Pourquoi ? Parce que là, Dieu va appeler Moïse à monter à sa rencontre pour recevoir des instructions pendant que le peuple est resté au pied de la montagne sous la supervision de Aaron et Hur (Ex 24.12-18). Au total, Moïse va rester 46 jours, si on considère les 6 premiers jours sous la nuée.
C’est pendant ce temps que le peuple demande à Aaron de leur faire un dieu qui marche devant eux et il en est sorti un veau d’or. Pourquoi cette demande pour le moins surprenante ? Qu’est ce qui a été l’élément déclencheur de cette demande ? Pourquoi étaient-ils agacés au point de chercher une alternative au Dieu qui les avait délivrés de l’esclavage ? La réponse nous l’avons dans le premier verset du chapitre 32 du livre d’Exode : « Voyant que Moïse tardait à descendre » (Ex 31.1). On ne sait pas exactement combien de jours ce peuple a dû supporter l’attente, mais désormais il en a marre et le fait savoir. Le peuple est fatigué d’attendre Moïse dont le retour devient improbable. Il est fatigué de constater que les choses n'avancent pas (en tout cas, pas comme il l’espérait). Le schéma qu’il s’était peut-être fait de ce que devrait être ce voyage ne correspond plus à ce qu’il constate. Il a l’impression de stagner et de perdre du temps (en tout cas par rapport à son projet du départ). Ce silence, ce vide ou cette attente apparemment trop longue ne lui convient pas. Il a toléré quelques jours d’attente qui a cassé son rythme du départ, mais il ne faut surtout pas en demander plus ! D’ailleurs « Ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons ce qu'il est devenu ». Le peuple décide alors de trouver une solution : « Allons ! Fais-nous un dieu qui marche devant nous ». C’est le veau d’or qui en est sorti. Cette idole est donc une alternative à la longue attente de Dieu ou au silence imposé par Dieu. C’est le fruit de l’impatience. Et pourtant, pendant qu’ils voyaient le vide, Dieu œuvrait et préparait leur avenir en donnant des ordonnances pour le tabernacle qu’il devait bâtir pour le servir. Ce qui paraissait comme une absence était en réalité le moment où Dieu préparait leur plus grand trésor.
Avant de très vite abonder en critiques contre ce peuple, considérons l’exhortation de l’apôtre Paul à ceux qui pourraient penser être mieux que ce peuple. L’apôtre rappelle que ce n’est pas un manque d’expérience avec Dieu qui a conduit ce peuple à douter et à se détourner de Dieu, pas du tout. Ce peuple avait pourtant expérimenté des choses extraordinaires avec Dieu. Il avait vécu des miracles comme il n’y en avait pas eu auparavant. Et surtout, ce peuple avait proclamé l’Eternel comme étant leur Dieu avant de se retrouver à l’abandonner pour une idole. Nous ne pouvons donc pas nous croire à l’abri de ces mêmes travers. Au contraire, nous devons tirer instruction de ces récits et prendre garde à ne pas reproduire la même chose (1Co 10.12).
Nous vivons dans une ère très particulière en termes de développement technologique. Tout est fait pour passer moins de temps à faire quelque chose : restauration rapide (fast food), livraison rapide, des appareils électroménagers offrant des services de plus en plus rapides, moyens de déplacement de plus en plus rapides, moyens de communication rapides, etc. Nous perdons peu à peu l’habitude d’attendre ; et ce, jusque dans notre relation avec Dieu ! Nous voulons que les choses se fassent immédiatement.
En rapport avec ce récit de Sinaï, la question est de savoir si nous n’avons pas nos propres veaux d’or ? ou si nous ne sommes pas souvent tentés à en fabriquer pour nous soulager d’une longue et fatigante période d’attente ? Il ne s’agit pas forcément d’une statue que l’on fabriquerait mais plutôt de toutes ces alternatives à la patience ou à la confiance en Dieu que l’on trouve lorsque l’action de Dieu dans une situation semble tarder. Toutes ces alternatives au rythme que Le Seigneur, dans sa position de Maître, impose à notre vie. Car finalement, le veau d’or, qu’est-ce que c’est ? C’est le résultat de l’impatience due au manque de confiance en Dieu. C’est le résultat d’avoir pensé que l’on doit se prendre en main parce que Dieu a perdu le contrôle de notre vie. C’est l’alternative au rythme que Le Seigneur impose à notre vie. Quelle est notre attitude lorsque le rythme de Dieu nous semble lent ou pas du tout adapté à nos prédictions ? Ce renoncement à nous-même du départ reste-t-il toujours intact ?
Je veux introduire dans cette partie la notion de patience, cette attitude qu’il nous faut devant le Seigneur durant notre marche ici-bas, et nous la développerons dans la suite de cet article.
Le Seigneur a un plan merveilleux pour chacune de ses brebis. Au-delà de tous les soins physiques, Il veut surtout nous amener à sa ressemblance, c’est le but ultime. La méthode que l’on retrouve généralement dans les Écritures à chaque fois que Dieu voulait apprendre quelque chose à son peuple c’est de le soumettre à une épreuve. Dieu lui-même dévoile les intentions derrière certaines épreuves dans le livre de Deutéronome (De 8.2,3). Comme nous ne dérogeons pas à la règle, le Seigneur nous soumet à diverses épreuves pour que Christ soit formé en nous. Dans ces moments difficiles pour nous, Le Seigneur attend de nous de manifester de la patience qui est une forme de confiance en Lui qui, dans sa main, tient nos vies (sous-entendu que nous lui avons cédé notre vie). Dans ce sens, L’apôtre Jacques écrivant à ces frères va leur dire de regarder comme « un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés » et de manifester de la patience, non pas celle qui s’arrête en chemin mais celle qui supporte entièrement l’épreuve. C’est seulement ainsi qu’ils seront parfaits et accomplis.
Il ne s’agit pas de subir l’épreuve parce qu’on n’a pas de choix, en comptant les jours avec amertume. La patience c’est plutôt la décision consciente de rester paisible et confiant pendant que la tempête fait rage. C’est une forme de confiance en Dieu. Et cette attitude ne doit pas accompagner qu’une partie de l’épreuve. La patience qui fait un bout de chemin, parfois déjà très long et s’arrête brutalement, n’en est pas une. Tous les efforts précédents se trouvent annulés, car le propre de la patience, c’est d’arriver jusqu’au bout. C’est pourquoi l’apôtre Jacques dit qu’il faut laisser à la patience d’avoir son œuvre parfaite. C’est seulement ainsi qu’elle aboutira à l’achèvement de l’œuvre de Dieu dans le cœur. Se dérober à cet exercice en cherchant des alternatives c’est comme faire l’école buissonnière. N’est-ce pas là la source du manque de croissance de plusieurs ?
Bien aimés, en répondant à la foi en Jésus, nous Lui avons également cédé le calendrier de notre vie. C’est Lui qui dicte le rythme. Faisons lui confiance et soyons dans la paix parce qu’il œuvre pour notre perfectionnement sans cesse. Ce qui paraît comme du « temps perdu » pour nous, ne l’est pas pour Lui. Le silence de Dieu ne signifie pas son absence.