Eraste AKANDE• 9 septembre 2026• Éthique et vie chrétienne« Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » Ps. 23.4
Il y a des moments dans la vie où les beaux pâturages disparaissent.
Où le ciel s'assombrit brusquement. Où le chemin que tu empruntes paisiblement plonge soudain dans un sentier étroit et menaçant. Un diagnostic médical, un deuil qui arrache quelque chose en toi que tu ne récupéreras jamais tout à fait. Une trahison, une perte, une épreuve qui te laisse sans mots et sans forces.
Tu n'avais pas prévu cette vallée. Personne ne prévoit les vallées.
Et dans l'obscurité, une question monte, insistante, presque insupportable : où est Dieu ?
David connaissait cette question. Et c'est depuis le fond d'une vallée réelle qu'il écrit ces mots : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 23.4).
Remarque quelque chose d'extraordinaire. Jusqu'ici, David parlait de son berger à la troisième personne : il me fait reposer, il restaure, il conduit. Mais à partir de ce verset, tout change. Il dit : tu es avec moi. Ce n'est plus une description. C'est une conversation. Et ce basculement vers l'intime se produit précisément au moment où la vallée apparaît. C'est dans l'obscurité que la relation devient la plus proche.
Le mot hébreu traduit ici par « vallée de l'ombre de la mort » est tsalmaveth : ombre de mort, obscurité profonde. Ce n'est pas une métaphore poétique inventée par un auteur inspiré depuis un fauteuil confortable. C'est une réalité géographique que les bergers palestiniens connaissaient bien.
Pour conduire leurs troupeaux des pâturages d'hiver vers les pâturages d'été, les bergers devaient traverser des ravins escarpés où le soleil ne pénétrait presque pas. Des endroits sombres, propices aux prédateurs, aux chutes, aux dangers invisibles. Le berger devait rester extrêmement vigilant. Et les brebis devaient rester extrêmement proches de lui.
Jésus n'a jamais promis à ses disciples une vie sans vallées. Au contraire. « Vous aurez des tribulations dans le monde » (Jn 16.33). La question n'est pas de savoir si tu traverseras des vallées. La question est de savoir comment tu les traverseras, et avec qui.
Ô toi qui me lis, peut-être que tu es dans une vallée en ce moment même. Peut-être que cette obscurité dure depuis si longtemps que tu as du mal à te souvenir de quoi ressemblait la lumière. Peut-être que la douleur est si intense que les mots de ce psaume te semblent lointains, presque naïfs.
Je ne vais pas minimiser ta vallée. Elle est réelle. Elle est difficile. Et Dieu le sait.
« Je ne crains aucun mal »
Arrêtons-nous sur ce que David ne dit pas.
Il ne dit pas : il n'y a aucun mal dans la vallée. Il ne dit pas : la vallée n'est pas dangereuse. Il ne dit pas : tout va bien se passer exactement comme je le souhaite. Non. Il dit : je ne crains aucun mal.
La différence est immense.
Le mal existe dans la vallée. Les prédateurs sont réels. La douleur est réelle. L'obscurité est réelle. Mais la peur, elle, a disparu. Pas parce que la vallée a changé. Parce que le Berger est là.
Voilà ce que la présence de Dieu fait dans nos épreuves. Elle ne supprime pas toujours la douleur. Elle ne garantit pas toujours une sortie rapide de la vallée. Mais elle transforme la peur en courage. Elle remplace l'angoisse par une paix que la raison ne peut pas expliquer.
Paul en témoigne depuis une prison romaine, les chaînes aux poignets : « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ » (Ph 4.6,7). Cette paix qui surpasse toute intelligence, c'est précisément celle que David décrit ici. Une paix irrationnelle au regard des circonstances. Une paix qui ne vient pas de la situation, mais de Celui qui est présent dans la situation.
Ô toi qui portes une peur aujourd'hui : une peur de l'avenir, une peur de la maladie, une peur de perdre ce que tu aimes le plus. Cette peur n'est pas vaincue par ta volonté ou ta force. Elle est vaincue par une présence.
« Car tu es avec moi »
Voici la raison de tout. Le fondement de ce courage extraordinaire.
Pas « car tu m'as promis que tout irait bien ». Pas « car je comprends ton plan ». Pas « car la vallée va bientôt finir ». Simplement, radicalement : tu es avec moi.
La présence de Dieu est en elle-même la réponse suffisante à toutes les vallées.
C'est ce que Dieu avait dit à Moïse quand il lui demandait comment conduire ce peuple impossible à travers le désert. Moïse voulait des garanties, des plans, des certitudes. Et Dieu lui a répondu : « Ma présence marchera avec toi » (Ex 33.14). Pas un plan détaillé. Pas une carte de la route. Sa présence. Et pour Moïse, cela a suffi.
C'est ce que Jésus a promis à ses disciples avant de les quitter : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28.20). Tous les jours. Dans les jours de lumière et dans les jours d'obscurité. Dans les pâturages verts et dans les vallées sombres. Tous les jours.
Et remarque : David ne dit pas « tu seras avec moi ». Il dit « tu es avec moi ». Présent. Maintenant. Dans cette vallée précise. À cette heure précise. Pas demain quand les choses iront mieux. Maintenant.
La vallée n'est pas un signe d'abandon. Elle peut être le lieu d'une rencontre que les pâturages faciles ne permettent pas. C'est souvent dans l'obscurité la plus profonde que les enfants de Dieu font l'expérience la plus intime de sa présence. Quand tout le reste disparaît, quand les conforts s'évaporent, quand les béquilles humaines cèdent, il reste Lui. Et on découvre qu'il est suffisant.
Remarque un dernier détail : David dit « quand je marche ». Pas quand je m'effondre. Pas quand je m'arrête. Il marche. La vallée ne l'immobilise pas. Il continue d'avancer, un pas après l'autre, parce que le berger est à ses côtés.
C'est tout ce que Dieu te demande dans ta vallée. Pas de tout comprendre. Pas d'avoir toutes les réponses. Juste de continuer à marcher, un pas après l'autre, en restant proche du Berger.
Ta vallée a un autre côté. Et le Berger connaît le chemin.
Il est avec toi. Maintenant. Dans cette vallée précise, à cette heure précise.
Tu es avec moi.
Quatre mots suffisants pour tout changer.
Amen.