Edouard Agbogla• 7 novembre 2025• DieuDans notre dernier numéro de cette courte série sur la prière et l’exaucement, nous avons observé dans les Écritures que Dieu prend plaisir à entendre les prières de ses enfants, et à les exaucer. Cependant, une question demeure : Dieu peut-il exaucer toutes les prières ?
Pour avoir fréquenté des milieux évangélico-charismatiques au début de ma foi, certaines séances de prières ressemblaient davantage à des séances de commandement : on y proclamait sa volonté devant Dieu avec des expressions comme « agis maintenant ! », comme si le rôle du Tout-Puissant était simplement de l’exécuter. Certains enseignements allaient aussi dans le même sens : « Si seulement tu peux l’imaginer et le sentir, tu peux l’avoir. »
Mais est-ce réellement ainsi que la bible nous enseigne à prier pour être exaucés ? Loin de réduire Dieu à un instrument de nos désirs, l’Écriture nous invite à nous approcher de Lui dans une attitude bien précise, qui honore sa souveraineté et reflète la foi authentique.
Dieu peut tout, mais n’accorde pas tout
Permettez que je souligne ici avant tout, ce que cet article ne sous-entend pas.
Notre sujet ici n’est, de toute évidence, pas de se demander si Dieu a la capacité d’exaucer ou pas ‘toutes les prières’. Dieu peut tout et rien ne lui est trop difficile (Jér 32.27, Lu 1.37). Mais il n’accorde certainement pas tout, selon son propos souverain.
De même, le but ici n’est pas de donner des ‘clés’ qui permettraient de recevoir mécaniquement et systématiquement l’objet de nos demandes à Dieu. Tout ce qu’il nous donne est une grâce, et sa grâce est souveraine : Il donne à qui il veut, comme il veut, quand il le veut et pour aussi longtemps qu’il le veut.
Plutôt, le but est d’examiner à la lumière de la parole de Dieu les demandes et dispositions dans lesquelles nos prières pourraient voir l’exaucement divin. Quelles sont-elles donc ?
1. S’approcher de Dieu avec foi
« Or sans la foi il est impossible de lui être agréable; car il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » Hé 11.6
Pour que notre prière soit agréée par Dieu, il faut que nous soyons nous-mêmes agréés en amont et les Écritures déclarent sans équivoque que sans la foi, il est impossible de lui être agréable. S’approcher de Dieu avec incrédulité, c’est ne pas être persuadé qu’il peut tout et veut compatir à la faiblesse du malheureux ; c’est remettre en question son omnipotence et sa miséricorde, son essence même - c’est un déshonneur stratosphérique. Dans Marc 9.22-24, un père dont l’enfant était sous emprise démoniaque, visiblement dépassé par les événements, implore l’intervention du Seigneur Jésus-Christ en ces termes : «si tu peux quelque chose, viens à notre secours, aie compassion de nous. » Je peux entrevoir ce père exaspéré par ce que vit son fils depuis son enfance, ayant certainement tenté plusieurs options sans succès, se dire qu’il allait tenter une nième option : le Maître Jésus et ses disciples. C’est exactement cela l’incrédulité ; et notons que c’est d’abord cette disposition que le Seigneur corrige avant d’intervenir. L’incrédulité, c’est voir en Dieu et en sa capacité une option à essayer parmi tant d’autres.
À contrario, s’approcher de Dieu avec foi, c’est reconnaitre en lui le seul et unique secours et la seule réponse à notre besoin ; c’est se reposer entièrement sur lui par rapport à notre situation. C’est dire comme Pierre « À qui d’autre irais-je ? » et qui d’autre me secourrait si ce n’est toi ? Une telle foi honore Dieu, si petite soit-elle-même, comme un grain de Sénevé, à cause de qui en fait l’objet : Dieu !
2. Prier selon la volonté de Dieu
Dans Mathieu 7.7, un verset que nous aimons sûrement citer en prière, le Seigneur Jésus-Christ nous invite à demander afin de recevoir. Mais est-ce une invitation à venir devant Dieu avec une liste de souhaits et d’envies de toutes sortes, semblables à nos listes d’épicerie ?
Vous aimez sûrement vos enfants ou neveux/nièces et ne voulez certainement pas les priver de quoi que ce soit qui les rendrait heureux. Mais qui répondrait favorablement à la requête de son enfant qui juste avant d’aller dormir viendrait lui demander un gros gâteau au chocolat ? Je peux vous entrevoir lui caresser gentiment la tête et lui dire « Je t’aime mon enfant, et ta santé est précieuse pour moi ; manger ce gâteau à pareil moment de surcroît ne te ferait pas du bien ». Si donc méchants comme nous sommes, nous savons donner de bonnes choses à nos enfants, combien à plus forte raison notre Père céleste !
Voici l’assurance que la parole de Dieu nous donne : « Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu'il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. » 1Jn5.14-15
Qu’est-ce donc demander selon la volonté de Dieu ?
Demander selon la volonté de Dieu, c’est avant tout prier selon ses promesses révélées dans sa parole. C’est venir et plaider avec Dieu, en s’appuyant sur son dessein révélé. C’est entrer dans un état d’esprit où nous cherchons d’abord ce que Dieu veut accomplir, et non ce que nous voulons obtenir.
Ensuite, qu’en est-il de ce qui n’est pas clairement révélé ? Typiquement, je désire ardemment un poste et je fais tous les efforts nécessaires pour l’obtenir. Mais en tant qu’enfant de Dieu, je ne veux pas m’aventurer en quoi que ce soit sans la bénédiction de mon Père. Prier selon la volonté de Dieu dans ce contexte ressemblerait à ceci : « Père, je désire ardemment ce poste, mais si ta volonté est autre, donne-moi la force et la joie de l’accepter. »
En somme, quoique les grandes lignes directrices de la volonté de Dieu soient manifestes dans la parole de Dieu pour encadrer nos prières, il peut arriver que cette volonté ne soit pas explicite pour nous pour des situations spécifiques. N’ayons pas peur d’exposer notre désir franchement à notre Père mais tout en gardant l’humble disposition que le Seigneur nous a montrée : « Toutefois, non pas ma volonté, mais que ta volonté soit faite. » Car la volonté de Dieu est juste, bonne et parfaite même lorsque nous ne la comprenons pas, et elle sera toujours pour notre plus grand bien !
3. Prier avec un cœur pur
Le cœur est une entité assez centrale dans la vie chrétienne, parce que Dieu y attache une importance particulière. Il disait déjà au prophète Samuel dans 1S16.7 « L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur. »
Ainsi, quand ma prière aurait l’apparence des plus pieuses, propre à susciter l’admiration de mes frères, voire des anges pour sa profondeur, L’Éternel regarde autant à la source ; le cœur d’où elle émane.
David dira « Si j'avais conçu l'iniquité dans mon cœur, Le Seigneur ne m'aurait pas exaucé. » Ps 66.18
Ainsi, considérer l’état de nos cœurs en nous approchant du trône de la grâce est salutaire.
Un cœur pur n’est pas un cœur dépourvu de tout péché. Plutôt, c’est un cœur sincère, dépourvu de duplicité et d’hypocrisie.
Prier donc avec un cœur pur implique
- Confesser son péché si le Seigneur le met en lumière et s’il y a un pas à faire vis-à-vis d’un(e) bien aimé(e) pour pardonner ou être pardonné, s’en occuper d’abord. Cf. Mt 5.23-24
- Prier avec des motifs purs. Jacques souligne : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. » Jacques 4.3
C’est une chose effrayante que nous pouvons avoir une bonne demande en soi, mais que nos motifs la rendent totalement irrecevables par le Roi des rois.
Nous devons donc considérer avec grand soin les motifs secrets de nos cœurs en nous approchant du trône de la grâce pour soumettre quelque requête, en nous repentant de toute disposition égoïste, vaine et orgueilleuse. Ou tout du moins, crier à Dieu comme David : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! »
4. Prier avec persévérance
Notre Père veut nous combler de ses bienfaits dans son amour. Parfois, même si nous prions avec foi, selon sa volonté et avec un cœur et des motifs purs, sa réponse peut ne pas être immédiate.
Dieu se plaît parfois à exercer notre foi, et notre patience en différant l’exaucement.
Souviens-toi d’Abraham, qui a eu la promesse d’un enfant quand il avait 75 ans. Ce n’est que 25 ans après qu’il a reçu l’accomplissement de la promesse, un quart de siècle ! Qui dit mieux, environ 4 siècles se sont écoulés entre la dernière promesse messianique explicite de l’Ancien Testament et la venue de Christ, le Messie.
Alors, pourquoi es-tu en proie au doute et au découragement parce que tu n’as pas encore la victoire vis-à-vis de cette faiblesse avec laquelle tu luttes depuis peu ?
Seigneur, raffermis les genoux lassés et apprends-nous à prier sans cesse et avec persévérance, amen !